Prendre en compte les émotions pour améliorer les résultats sportifs.
Retourner à ses émotions pour franchir un cap
Du point de vue de l’athlète, vivre et prendre en compte ses émotions n’est pas si facile et aisé, mais permet de se réaliser pleinement dans son activité sportive.
Amélie Cazé, double championne du monde de pentathlon moderne en 2007 et 2008, confie à ce sujet des éléments d’investigation afin de prendre en compte les émotions ressenties :
« Les émotions sont partout. Dans l’entraînement, avec l’entraîneur, dans le groupe, suivant le moment de l’année, en compétition. Les émotions sont de l’ordre de l’envie, de l’euphorie, du plaisir, de la douleur…
Les émotions sont éminemment personnelles et interfèrent sur l’entraînement. La qualité principale de l’athlète est de les percevoir afin de les apprivoiser. Jeune, je subissais mes émotions. Mon entraîneur ne pouvait pas les reconnaître et les exploiter, peut-être par manque “d’expertise”. À ce propos, le “genre” est important. En effet, il y a une plus grande compréhension du ressenti par les entraîneurs femmes. L’univers intime de l’athlète est peut-être moins secret pour elles. L’entraîneur peut et doit recadrer le sportif dans son “moi”. Il doit pouvoir aider à franchir la barrière de l’intime et en parler. »
Verbaliser les émotions, tenter de les exprimer ou d’aider à les exprimer, serait à ce niveau une piste non négligeable à exploiter de manière à pouvoir « communiquer » et, de ce fait, lire et apprivoiser les émotions ressenties.
« En compétition, c’est un puits d’émotions qui se croisent, tout est amplifié. Avant chaque épreuve j’ai peur d’être seule, de ne pas réussir. Pendant, les émotions se génèrent et se régénèrent entre elles. À la fin de la compétition, on oublie toutes les émotions ressenties du matin.
La prise en compte de mes émotions m’a permis d’être plus expressive.
À partir de ce moment-là, on est plus en harmonie avec soi-même. Le haut niveau est tellement dur que, sur le long terme, il faut pouvoir s’y retrouver. J’intègre tout dans le pôle émotionnel. Accéder au haut niveau, c’est repasser par ses émotions. Car tout passe par le corps. Il faut pouvoir retourner et écouter les émotions et faire avec. Si on ne s’écoute pas, il y a un cap que l’on n’arrivera pas à passer ».
Vivre pleinement ses émotions
Paulette Fouillet, championne d’Europe de judo en 1976, vice-championne du monde en 1980, entraîneur national et responsable du pôle judo à l’Insep nous livre son expérience à ce sujet :
« Ce qui est le plus important, c’est la relation humaine entre l’athlète et l’entraîneur.
Le jour de la compétition, il y a dix pourcent de physique, dix pourcent de technique et quatre-vingts pourcent de psychologique. Le ressenti, en tant qu’entraîneur, est utile dans l’instant (pour gérer les situations), mais aussi pour plus tard (afin d’anticiper les événements à venir). Il faut pouvoir agir sur les émotions positives ou négatives de l’athlète pour agir sur sa confiance. La finalité étant pour le sportif de vivre pleinement sa “partie sportive”. Afin d’exprimer ses émotions, il faut les avoir vécues. Elles sont fournies par les événements.
Les émotions ça se vit, ça s’organise, ça se gère et c’est cela qui produit de la performance ».
Le climat motivationnel instauré, l’adaptation des tâches et des objectifs proposés, constituent à ce titre des éléments clés pour inscrire l’athlète dans un « pacte émotionnel » (contrat établi entre ce qu’attendent l’athlète et l’entraîneur de leurs relation et partenariat).
Prendre en compte les émotions pour améliorer les résultats sportifs
Le sport, par la richesse des activités et des situations, est un des terrains privilégiés où les émotions surgissent, surprennent, marquent les sujets en laissant dans leur mémoire des traces de vies indélébiles. Ces expériences fortes qui laissent des empreintes sont nombreuses, différentes et méritent d’être prises en compte.
Il est nécessaire de prendre du temps ou du recul pour lire les émotions sur les visages des athlètes, mais aussi pour dialoguer avec eux sur ce qu’ils ressentent. C’est en partie pour cette raison qu’il est déterminant de les prendre en compte, en particulier dans le rapport qu’entretient l’entraîneur avec l’athlète.
Comment l’entraîneur peut-il se comporter en intégrant les émotions de l’athlète ?
Damasio (1999) postule le fait que les émotions sont des traces lisibles corporellement.
Il existe en fait un nombre conséquent de théories (évolutionnistes, biologiques, dynamiques, béhavioristes, cognitives, écologiques) portant sur les états affectifs en général et sur les émotions en particulier.
Ce découpage ne saurait cependant suffire à décrire les liens entre émotions et action. D’une part, un même contexte de pratique peut donner lieu à des expériences émotionnelles différentes d’un sportif à l’autre, selon l’interprétation que chacun va faire de la situation dans laquelle il se trouve engagé. D’autre part, une même émotion peut, dans certaines situations et pour certains sportifs, faciliter la réalisation de l’action ou, au contraire, agir comme un élément perturbateur.
Dans le domaine sportif, la majorité des travaux de recherche portant sur les émotions se sont intéressés particulièrement à la relation entre les états affectifs précompétitifs et la performance ou aux réactions affectives induites par la réussite ou l’échec.
Pour un auteur comme Lazarus (1991), seul le fait de savoir qu’on a quelque chose à gagner ou à perdre, c’est-à-dire que le résultat de la transaction a du sens par rapport aux buts à atteindre, génère une émotion.
Commentaire
La séance d’entraînement ou la compétition sportive constituent un terrain privilégié pour apprendre à gérer efficacement ses émotions dans des situations difficiles ou faciles.
Chaque sportif présente des caractéristiques personnelles susceptibles d’interagir sur la manière dont il appréhende les situations (entraînement ou compétition).
Si l’entraîneur veut prendre en compte l’axe émotionnel dans le rapport qu’il entretient avec l’athlète, il pourra utiliser un certain nombre de paramètres : les expressions des athlètes (les mimiques…) peuvent être des indicateurs de leur état émotionnel : un énervement excessif ou une attitude euphorique conduisent l’entraîneur à tempérer ou bien à appuyer ses interventions. Les caractéristiques des athlètes (leur histoire passée, leur personnalité…) sont de précieuses indications pour essayer de rentrer dans la bulle intime et d’intégrer l’état du moment. La nouveauté (tout ce qui ne relève pas du registre habituel de l’athlète) peut aussi faire partie des traces visibles de ce que peut ressentir ou éprouver le sportif. Utiliser les médias (communication orale ou visuelle) permet aussi d’entrer en contact avec celui ou celle que l’on entraîne et de varier les façons de se parler. Le paramètre corporel (rapport de l’athlète à son corps, les blessures…) a largement sa place dans la mesure où tout l’édifice émotionnel se montre au travers du corps. Il est possible que ce soit une lecture directe du ressenti de l’athlète.
Ces indicateurs cités ci-dessus constitueraient un outil permettant à l’entraîneur de mieux comprendre le comportement de l’athlète, aussi bien à l’entraînement qu’en compétition. Ces critères d’analyse laissent le choix d’interroger la réalité sous divers angles. Ils donnent des idées, repoussent les tabous et offrent des modes d’entrées utiles à la naissance d’une communication constructive. Le dialogue est à double sens. L’entraîneur s’adresse à l’athlète et réciproquement. Les échanges deviennent possibles et sont souhaitables. De plus, le climat instauré par l’entraîneur peut influer sur le sentiment qu’a le sportif de sa régression perçue ou des progrès enregistrés par exemple. Prenons une situation d’échec : positiver et analyser systématiquement les points positifs renforceraient l’image qu’a l’athlète de lui-même et, ainsi, lui permettrait de mieux les vivre. À ce titre, l’entraîneur expert est en mesure de placer ses athlètes dans des conditions favorables.
La thématique des émotions dans le sport permet aux entraîneurs d’appréhender l’athlète dans sa totalité et d’intégrer le rapport humain dans un univers où la performance est centrale.
Mais reste encore à se poser la question des émotions de l’entraîneur…
Rédacteurs
Laurence Blondel et Jacques Vettraino, formateurs à l’Insep (France).
Éditeur
Elisabeth Rosnet, mission Recherche, Insep (France).
Mots clés
Émotion, sportifs, entraîneurs
Sports ciblés
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Lectures suggérées
Goleman D. L’Intelligence émotionnelle. Comment transformer ses émotions en intelligence. Paris : R. Laffont, 1997.
Damasio AR. Le Sentiment même de soi : corps, émotion, conscience. Paris : Odile Jacob.