Le suivi des manifestations endocriniennes de la fatigue et/ou du surentraînement chez les cyclistes (sprinteurs) permet de quantifier les répercussions de la charge de l’entraînement physique sur le sportif.
À l’ère moderne de l’histoire du sport, on s’est très vite intéressé à affiner la connaissance des répercussions de l’entraînement physique sur l’organisme. Des études scientifiques appliquées et fondamentales ont été menées sur ce sujet, non seulement au sein de populations sportives, mais aussi chez les militaires.
Depuis trois ans, à l’initiative de Florian Rousseau, le pôle France de cyclisme sur piste (sprint) de l’Insep s’est attaché les services du commandant Mounir Chennaoui, chercheur en physiologie au sein de l’Institut de médecine aérospatiale du service de santé des armées (IMASSA). L’objectif initial était de pouvoir quantifier les répercussions de la charge de l’entraînement physique sur le sportif, grâce à un protocole précis s’appuyant sur des tests utilisant des marqueurs spécifiques de l’apparition de fatigue liée à l’entraînement physique intense et soutenu au cours de la saison sportive. Ce protocole est constitué d’un bilan hormonal salivaire - testostérone et cortisol - (voir tableau 1), d’un test de fréquence critique de fusion, d’un questionnaire de fatigue (Legros et coll. 1993) et d’un questionnaire d’humeur (voir figure 1) : POMS (Morgan et coll. 1987). Les quatre analyses sont effectuées toutes les six semaines, au même moment de la journée, avant et après le même type de séance d’entraînement.
Pour l’entraîneur, l’intérêt de ce recours à un suivi scientifique de l’entraînement est avant tout de pouvoir optimiser l’individualisation de la planification de la charge, puis d’envisager ultérieurement la régulation de la dynamique des charges. Mais au regard de cette expérience menée depuis trois ans, d’autres avantages apparaissent dorénavant très clairement :
- la possibilité de mieux analyser et comprendre le sprinteur, tant sur le plan de ses performances chronométriques à l’entraînement que de son comportement en terme d’investissement ;
- l’aide à la décision de la mise au repos total ou partiel afin de prévenir un surentraînement ;
- ou encore, la meilleure évaluation a posteriori de la planification de la saison.
Pour le sportif, c’est un moyen de mieux se connaître et d’aller éventuellement au-delà d’un ressenti pour accepter de maintenir la charge prévisionnelle. Il peut s’entraîner avec une plus grande confiance et solliciter ses capacités de façon optimale. A contrario, si les tests indiquent une fatigue importante et que l’entraîneur décide un arrêt complet de l’entraînement, ce repos forcé est bien mieux accepté. Cet outil d’évaluation de l’état de forme lui permet aussi de relativiser ses performances chronométriques à l’entraînement, qui peuvent être faibles alors que les résultats aux tests sont bons.
Une des premières conditions à un suivi biologique optimal est l’adhésion totale des sportifs. Elle ne peut être obtenue que si l’utilisation des tests s’avère très vite pertinente et qu’une stricte confidentialité est respectée. Pour cela, l’interprétation des résultats doit être communiquée individuellement par l’entraîneur au sportif et aucune donnée chiffrée ne doit être transmise afin d’éviter toute comparaison entre les sportifs.
Une des limites de ce suivi est que le protocole, même facilement réalisable, reste cependant relativement contraignant pour les sportifs. Ainsi, la périodicité optimale est de six semaines : elle permet de minimiser les perturbations engendrées par ce processus d’évaluation répété et correspond par ailleurs au cycle de programmation des sprinteurs de l’Insep.
Enfin, ce suivi est bien évidemment envisageable pour d’autres disciplines. En cyclisme poursuite, contrairement au sprint ou à la plupart des autres disciplines sportives, l’entraîneur dispose de peu de temps d’entraînement avec les sportifs. Ces cyclistes sont avant tout des routiers ne se consacrant que ponctuellement à la poursuite, à l’approche des échéances majeures telles que les coupes du monde, le championnat du monde, voire les Jeux olympiques. Le processus d’évaluation est d’autant plus important ; par conséquent, ce suivi biologique, effectué par les sprinteurs de l’Insep depuis trois ans, pourrait être primordial. Il permettrait effectivement à l’entraîneur, dès le début du stage de préparation, d’évaluer immédiatement l’état de forme du sportif. L’entraîneur pourrait ainsi plus rapidement et précisément individualiser la charge de travail optimale, éviter une régulation trop importante, voire même un arrêt qui serait préjudiciable étant donné la proximité de l’objectif compétitif. Les tests seraient effectués en fonction du calendrier compétitif, c’est-à-dire en début de chaque stage précédant les compétitions de poursuite, et répétés autant de fois que d’échéances majeures.
Pour conclure, ce suivi biologique serait, s’il est adopté chez les poursuiteurs, une avancée importante dans le domaine de l’évaluation et de la prédiction du surentraînement, en répondant à certaines exigences de la discipline.
Rédacteurs
Hervé Dagorne, étudiant en professorat de sport haut niveau, entraîneur cyclisme poursuite, h.dagorne[@]free.fr
Laurent Dartnell, professeur de sport, formateur à l’Insep, ldartnell[@]wanadoo.fr
Éditeur
Didier Seyfried, Institut national du sport et de l'éducation physique (Insep)
Mots clés
Suivi, état de forme, fatigue, surentraînement
Sports ciblés
Cyclisme et disciplines connexes. Éventuellement d’autres disciplines avec une adaptation du protocole.
Lectures suggérées
Adlercreutz H, Harkonen M, Kuoppasalmi K, Naveri H, Huhtaniemi I, Tikkanen H, Remes K, Dessypris A, Karvonen J. Effect of training on plasma anabolic and catabolic steroid hormones and their response during physical exercise. Int J Sports Med 1986;7 Suppl 1: 27-28.
Alen M, Pakarinen A, Hakkinen K, Komi PV. Responses of serum androgenic-anabolic and catabolic hormones to prolonged strength training. Int J Sports Med 1988;9(3): 229-233.
Cunliffe A, Obeid OA, Powell Tuck J. Post-prandial changes in measure of fatigue: effect of a mixed or a pure carbohydrate or pure fat meal. Eur J Clin Nut 1997;51: 832-838.
Hindmarch & al. The effects of black tea and other beverages on aspects of cognition and psychomotor performance. Psychopharmacol 1998;139: 230-238.
Legros P. Le groupe de surentraînement. Le surentraînement : diagnostic des manifestations psychocomportementales précoces, Sci Sports 1993 ;8: 71-77.